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Relire ses classiques

Le 10 décembre 2011, salon des éditeurs Montreuil-sur-livre. A peine arrivé sous la halle du marché de la Croix de chavaux, je suis aspiré par les militants du Réseau Education sans frontière. Et me retrouve à tendre un billet pour acheter le livre « Sarkozy m’a expulsé », dédicacé par Tignous. C’est très bien, j’adhère, mais si à chaque stand, c’est comme ça, il va falloir être vigilant.

Je choisis donc de circuler entre les stands, et j’observe que les éditeurs de Marx et Engels sont nombreux. J.P.Brard n’est pas encore  là. Dommage. Je voulais lui offrir « la question du logement ». Engels y décortique le lent processus de la spéculation foncière et de l’éviction des étrangers à la périphérie des villes. L’ancien maire ne l’a probablement pas lu. Sinon, il aurait compris qu’en installant tous ces bureaux à Montreuil à la périphérie de Paris, en dehors de la catastrophe urbanistique que cela représente, il favoriserait immanquablement la spéculation foncière. Car que font les 6 ou 7000 salariés qui travaillent dans cette zone, où entre parenthèse rien n’a été conçu pour eux, ni lieu pour se restaurer en dehors du travail, ni commerce, ni habitat, ni service public ? Ils cherchent un logement. Mais Paris est cher, St Mandé et Vincennes aussi. Donc, ils cherchent à Montreuil. Ce ne sont pas des bobos, non, ce sont simplement des employés qui cherchent à se rapprocher de leur lieu de travail. Elémentaire, non ? Engels y avait pensé.

J’en conclus que, comme le capitalisme, le communisme a ses contradictions. Par exemple, grâce à notre député apparenté communiste, le siège de la CGT est désormais cerné par des entreprises qui fleurent bon le capitalisme. Un franc succès. Beaucoup de rumeurs infondées courent actuellement à Montreuil. La dernière en date : il y aurait un tunnel entre le siège de la CGT et une grande banque française toute proche, où les fonds circuleraient librement. A Montreuil, les rumeurs, c’est vraiment n’importe quoi.

Pour revenir à J.P.Brard et ses acolytes, que lisent-ils ? Ils doivent avoir la collection Marx et Engels complète, pourtant ? Mais peut-être s’inspirent-ils d’autres auteurs de la même obédience ? Je demande à l’éditeur s’il a des livres de Staline. Il me regarde d’un air suspicieux et me dit « Staline n’était pas un penseur. C’était un homme d’action, un pragmatique ». C’est vrai. Staline est surtout connu pour ses orgues et ses constructions de type carcéral en Sibérie. Une référence pour certains.

Je glisse lentement sur le stand suivant. Des éditeurs anarchistes. Il y en a plusieurs, mais ceux là sont des vrais. On les sent prêts à en découdre. Je feuillette l’ouvrage  « Comment tuer son patron ». Je crains que ce livre ravive en moi des fantasmes de meurtre. Mon patron, indirectement, c’est Sarkozy. Si sa police m’arrête avec ce livre en poche, mon avenir va s’assombrir. Je le repose lâchement. Encore une fois, je me retourne, soulagé. Sarkozy ne m’a pas vu.

Finalement, je m’appesantis sur un stand plus littéraire, où l’éditrice a exhumé des ouvrages inconnus de grands auteurs. Un format sobre. J’hésite entre « La méthode Coué » ou « L’esprit de révolte », ou encore une brève nouvelle d’Edgar Poe. Plusieurs textes aussi sur la subtilité et la richesse de la langue française. J’achète.

Et puis une grande variété d’éditeurs propose leurs richesses, des mangas sans texte, de la poésie, du théâtre, des livres surprise aux couvertures improbables, le tout accompagné par d’excellents chanteu(rs)ses et musiciens.  De quoi passer une excellente après midi culturelle et ludique.



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