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L'éducation filles-garçons en question, d'un continent à l'autre

Dans le cadre des rencontres organisées très régulièrement par l'association des Femmes de la Boissière, un groupe de femmes et d'hommes a commencé à échanger sur la question de l'éducation des filles… et de celle des garçons. Toutes premières approches.

Un samedi matin de décembre, la bibliothèque Colonel Fabien de Montreuil accueille un groupe de personnes venues de l'association des Femmes de la Boissière et du quartier. L'initiative en revient à l'association Tostan. Thème retenu : l'éducation des filles et des garçons.

Tout le monde s'installe joyeusement en cercle. D'abord une douzaine, nous sommes bientôt plus de vingt : une grande majorité de femmes, mais aussi plusieurs messieurs et quatre enfants. Et parmi nous, toutes les couleurs du monde ou presque. Presque tous Montreuillois, certains d'entre nous sont nés au Pakistan, au Maroc, au Mali, au Sénégal, en Turquie, en Colombie, en Tunisie, en Algérie, au Sri-Lanka, mais aussi en Alsace ou en Ile-de-France…

D'abord, une chanson reprise en chœur par tout le monde, pour briser les hésitations à prendre la parole. Puis, un petit moment de théâtre. Tostan a en effet l'habitude de lancer les débats à partir d'un sketch joué par des participants, demandé pour l'occasion à l'association des femmes de la Boissière et préparé durant les cours d'alphabétisation.

Voilà donc Tijania et Henri jouant la femme, le mari et les parents d'Antoine et Elodie. Antoine veut faire de la danse et son père refuse vertement « la danse, c'est pas pour les filles, tu peux faire du foot ! ». Élodie n'a finalement pas tant envie que çà de devenir institutrice. Elle en a parlé avec la conseillère d‘orientation qui l’a mise en garde et lui a dit que ce n’était plus un métier d’avenir (une allusion discrète aux suppressions de postes) et qu'il devenait de plus en plus difficile. C'est à la jeune fille de décider de s'engager vers une autre orientation, mais elle ne parle pas de ce qu‘elle voudrait faire à la place…. Son père tranche pour elle et estime que « pour une femme, c'est parfait. Çà laisse du temps pour s'occuper des enfants ». Et de conclure en s'adressant à la mère : « Au fait ma chérie, tu as repassé ma chemise ? » Sourires dans l'assistance, regards complices, le décor est planté.

Une petite pierre

L'un des responsables de Tostan anime le débat et pose des questions sur le rôle des filles, des garçons, des parents… les contradictions apparaissent. Si toutes et tous s'accordent sur le nécessaire respect à maintenir entre parents et enfants et puis entre époux, certaines remarques provoquent la désapprobation d'une partie de l'assistance. Par exemple : « Je ne laisserai pas sortir ma fille de 23 ans le soir tard ». Ou encore : « Mon mari panique s'il voit notre fils jouer avec une poupée »…

Comment élever les filles ? Et leurs frères ? Rien n'est facile pour ces familles qui vivent à chaque instant entre deux cultures, celles de l'enfance des parents et celle de leur pays d'adoption. Mais après tout, rien n'est facile pour les familles “mono-culturelles” non plus et ce n'est pas si mal de pouvoir en parler ensemble. Timidement parfois, ou au contraire de façon directe, les soucis communs apparaissent : comment inculquer le respect dû aux aînés ? Protéger les adolescent-es ? Parler sexualité ? Orienter vers la bonne carrière professionnelle ? En petits groupes, l'assemblée précise ses idées. L'occasion d'échanger simplement, de s'apercevoir que d'un continent à l'autre, les questionnements profonds, et les inquiétudes aussi, demeurent les mêmes : « Comment bien préparer nos enfants à leurs vies d'adultes ? ».

Arrive trop vite le moment de se quitter. D'ici un mois, le groupe des femmes se réunira à nouveau un samedi matin et l'on verra comment poursuivre cette prise de paroles. Ce matin-là, des personnes n'ayant pas l'habitude de parler se sont exprimées, des adultes se sont observés et se sont écoutés par-delà leurs histoires singulières, de toutes petites complicités sont nées. Bien fragiles encore. Mais une petite pierre est posée. Où nous mènera ce chemin ? Nul(le) ne le sait. La seule certitude : on continue ! Il se joue-là quelque chose de très important. Lors du cours d'alphabétisation suivant, le débat se poursuit et les femmes montrent à quel point le sujet les intéresse !

Mireille



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