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Figure 4, un regard qui nous cueille

Le regard de cette jeune fille qui domine la place de la Croix de Chavaux nous interpelle de loin. C'est figure 4, l'œuvre monumentale exposée à l'entrée de la rue du Capitaine Dreyfus, dans le cadre du dispositif Pignon sur rue.

Son auteur, le photographe Rémi Vinet, nous a confié la note d'intention qu'il a adressé au jury de Pignon sur Rue. La meilleure façon d'appréhender sa démarche artistique.

 

NOTE D’INTENTION

Détacher le visage des effets. Les liens – quotidiens – sociaux – familiaux – communautaires. Tenter une extraction. Extraire le visage de son identité apparente. « Desidentifier ». Ainsi, tendre vers les formes, les lignes, malaxer les masses qui le dessinent. Utiliser le noir et le blanc, les gris pour formuler. Recomposer Un Autre enfoui, inexprimé, nié.

Je fabrique des visages à partir d’autres visages. C’est figure.

De mes photographies, j’extrais des visages en les projetant puis en les rephotographiant sur une toile. C’est le principe. La prise de vue est aplat. Délicate. J’isole un négatif. C’est au tirage que figure prend forme. Tout y devient sensible car tout fait sens. Un changement de contraste ou une approche de maquillage peut amener vers une autre interprétation. Il faut orienter la vision vers l’absorption subjective, vers un invisible vivant. Tout est lent et long avant de considérer une figure aboutie. Il faut souvent revoir, s’interroger, recommencer. On ne sait jamais.

Les figures sont toutes du même format 358x480 mm sur une feuille de papier baryté argentique 50x60 cm. Un format proche de la conversation.

Les premières figures sont apparues en 1997. Elles s’étalent sur plusieurs périodes. Il y en a aujourd’hui 65. D’autres s’en viennent. C’est infini.

C’est une performance que de proposer figure à Pignon Sur Rue. C’est ainsi que je veux considérer cette représentation,  une performance avec un format inhabituel et en « dialogue frontal » avec le public.

Il faut se l’imaginer. 6m sur 4,5m. Une surface immense. Au départ, comme il est signalé plus haut, le format de figure est discret, pudique, de l’ordre de la conversation comme j’aime à le dire quand il me faut en parler. Cela donne donc à réfléchir, car c’est une véritable question que le format quand il s’agit d’appréhender le visage en photographie. Le « très grand » est heurtant, sublimant, interrogateur. La difficulté est d’anticiper le regard du spectateur confronté, là contre son gré – puisqu’il ne fait pas la démarche de se déplacer volontairement pour « aller voir » comme il le ferait dans une exposition traditionnelle – à un visage et un regard qu’il va côtoyer jour après jour pendant un mois. C’est sensible et délicat. Et c’est sur ces deux qualificatifs que je fais mon choix d’une figure.

En choisir une, reposante, douce, fragile et rassurante, proche de nous même ! Car s’il est incontournable que l’effet provoquera un choc, il faut que celui-ci tire vers l’empathie. Mieux encore,  choisir une figure qui accompagne, dans le mouvement, comme un regard croisé, proche de celui échangé subrepticement avec quelqu’un dans la rue,  « entrevu ». Que la figure s’inscrive dans le paysage comme une personne en errance dans la ville à l’instar des gens qu’elle rencontre, qu’elle regarde, qui la regardent.

Je vous propose la figure 4, laquelle pourra s’intégrer pleinement dans notre espace urbain. Elle appartient à ces regards captés au tournant d’une rue et qui laisse une trace dans la mémoire et, sans pour cela  l’interroger, du moins la pénètre. Elle apportera des histoires, des souvenirs d’êtres aimés j’espère, soulèvera des fragments enfouis c’est sûr. Les gens dans la rue, dans leur voiture ou dans le bus en parleront. Je veux dire qu’ils la rapprocheront de leur propre vécu. Pour avoir exposé figure de nombreuses fois, j’ai pu m’entretenir beaucoup avec les spectateurs. Et les récits qu’ils relatent proviennent toujours de leur mémoire intime et individuelle. Figure n’est pas « le portrait ». Son intention est que la vision que porte figure soit celle de la propre identité du spectateur et de son propre intérieur. C’est à chacun sa manière « d’appartenir » et de s’y trouver.

Ce serait un grand honneur que de participer à cet évènement et j’espère que figure saura apporter entière satisfaction à Pignon Sur Rue.

Quant à moi,  cette expérience m’attire particulièrement puisqu’elle participe à mes interrogations sur la représentation de l’humaine identité dans l’art et que je tente d’aborder en créant figure.

Avec tous mes remerciements.

Rémi VINET

A Montreuil, le 4 juillet 2013.

Nota : Si le jury de Pignon Sur Rue vient à retenir ce choix, je vous confierai un tirage d’exposition réalisé aux valeurs précises de la figure 4.

Exposition: Trois figures sont exposées  au 52 rue de Paris à Montreuil.

Un portfolio de 8 figures est en vente chez chez les Tatas Flingueuses,  à l'Office du tourisme et à la Librairie Folie d'Encre

le site  avec le film figure, une vision organique de la photographie de Muriel Delepont et David Smadja
 
 
 
 
Illustration: 


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