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Éducation et écologie

Comme je l'ai fait pour le programme du PS et celui du FDG, je suis allé fouiller un peu du côté  de EELV de manière à prendre connaissance des présupposés théoriques ou doctrinaux à partir desquels ont été rédigés les quelques éléments figurant dans le programme de Eva Joly au chapitre éducation.

L'école fondamentale

Je le dis sans plus attendre, l'approche écologiste de l'école m'est apparue comme la plus satisfaisante même si l'on constate, évidemment, que les trois programmes affirment poursuivre  un  objectif commun, celui de la justice sociale.

Mais la question, comme toujours s'agissant de l'école, est celle du « comment ? ». L'imprécision pour ne pas dire l'incertitude des réponses du PS comme du FDG s'expliquent aisément par le soucis    de ne heurter ni les syndicats ni les enseignants sur l'épineuse question de ce que j'appelle volontiers le mode de vie dans l'école.

Dans ma précédente chronique je me suis élevé contre le projet d'abrogation du décret du 25 mai 1950 fixant les obligations des enseignants, quitte à me retrouver, comme l'on bien noté certains riverains, en contradiction avec mes propres convictions quant à la nécessité d'une présence plus importante et plus active des enseignants dans les établissements.

Je persiste. Non que j'approuve ces horaires tout à fait arbitraires ni ces inégalités entre enseignants. Mais il est parfaitement clair que la raison pour laquelle ce gouvernement envisage la suppression de ce décret n'a rien à voir avec le projet d'une école émancipatrice que j'appelle de mes vœux et tout à voir avec ce que j'ai désigné comme une école de malheur, l'école-entreprise prônée par le néo-libéralisme le plus cynique.

De sorte que découvrant dans le programme d'Eva Joly le projet d' « Ecole fondamentale » (appellation détournée sans le moindre scrupule par les cyniques qui se sont fait une spécialité du détournement lexical) je suis conduit à examiner des contributions dans lesquelles on reconnaît souvent la patte de Philippe Meirieu. Comment pourrait-il en être autrement ?

L'école fondamentale est celle qui scolarise les enfants de 6 à 16 ans sans sélection ni orientation. Cette précision concernant l'orientation est capitale car elle rompt avec le mythe, que dis-je,  le mensonge de la permission donnée aux enfants qui le souhaitent de choisir leur voie dès 13 ou 14 ans. On sait bien qui sont ces enfants en mesure de « choisir » si tôt.

Rompre avec l'esprit de compétition

Car pour pouvoir choisir en connaissance de cause encore faut-il connaître, le plus possible et le mieux possible. C'est la raison pour laquelle l'école fondamentale « ce projet d'école dans une société écologiste » ne peut que rompre avec « la culture de la performance, du résultat et du contrôle généralisé, symbolisé par l'interconnexion des fichiers informatique et les évaluations nationales visant à mettre les établissements en concurrence ».

On n'apprend bien en effet que dans la sérénité procurée par le sens consubstantiel à l'effort produit pour apprendre. Et ce sens est lui-même déterminé par  l'objectif de cet effort : acquérir autant de savoirs  qu'il se peut pour être en mesure de choisir « en connaissance ».

La nécessité de rompre avec l'esprit de compétition est en outre dictée par l'évidence qui s'impose enfin à chacun, celle de la finitude du monde. L'évidence qu'il n'est plus possible, au risque des pires catastrophes, de poursuivre encore longtemps cette course à la consommation effrénée stimulée par l'esprit de compétition cultivé par l'école. L'évidence enfin que cette compétition, qui  pose comme eudémonisme la frénésie de l'achat, conduit à l'abîme.

La notion de globalité

Il va de soi que les structures de cette école doivent faire l'objet d'un débat non seulement au sein de l'institution éducative mais dans la globalité sociale. Et c'est là, la notion de globalité, l'un des apports importants du programme écologiste, notion que l'on retrouve, en effet, tout au long de l'histoire de l'éducation mais qui dans notre société dite de la connaissance acquiert une pertinence nouvelle.

On n'apprend plus seulement à l'école et une fois pour toute... la vie. La technologie se développant à un rythme inouï, on apprend, les enfants apprennent, partout et à chaque instant. Comment l'école ne tiendrait-elle pas compte d'un tel phénomène?

De sorte que la nécessité s'impose plus que jamais d'une cohérence entre la « ville éducative » et l'école, les écoles, dans le cadre par exemple d'un projet éducatif qui se soucie de « parentalité », non seulement de la place des parents dans l'école mais de l'action solidaire des parents et des enseignants, c'est-à-dire des citoyens.

Le mode de vie dans l'école fondamentale préconisée par les écologistes s'organise sur ce modèle coopératif dont il a souvent été question ici. Le modèle coopératif, dans le cadre d'un service  public qui « doit s'étendre de la petite enfance à l'université », est celui qui « relie » les disciplines dans le cadre d'un « projet », d'une pédagogie du projet qui donne sens à l'effort, qui donne sens à la vie dans l'école par l'intervention collective des adultes et par la mission, n'ayons pas peur des mots, qu'ils portent et que j'énonce ainsi : « permettre à chaque enfant de prendre conscience de ce qu'il lui plaît de faire ».

Ce qui implique que chacun soit « aidé », non pas après la classe en reprenant sempiternellement les mêmes exercices avec la même méthode ou absence de méthode, mais solidairement par la communauté scolaire dans son ensemble. La solidarité entre enfants plutôt que la compétition, cela s'organise et se vit depuis fort longtemps... par-ci, par- là.

Éducation et écologie

Ne voit-on pas alors comment éducation et écologie se fondent dans une même pratique vivante où solidarité s'oppose à compétition, où souci de l'autre s'oppose au « tuer l'autre », où la réflexion collective sereine s'oppose à la frénésie individualiste irresponsable et destructrice de l'autre c'est-à-dire du monde?

Ne voit-on pas que éducation et écologie se fondent dans une même attitude, une même volonté de métamorphose, un même souci de l'autre c'est-à-dire du monde ?  Ne voit-on pas qu'il y va de l'évitement de la catastrophe ?

Autonomie, responsabilité et école fondamentale constituent le triptyque sur lequel se construit le projet écologiste. Autonomie qui n'a évidemment rien à voir avec celle de l' «équipe soudée autour du chef », nouveau détournement lexical comme savent si bien le pratiquer les scribes du chef suprême mais provisoire.

L'autonomie dont il est question ici est celle d'un collectif enseignant qui prend en charge un groupe d'enfants de tous âges (une centaine par exemple) et qui s'organise comme il le souhaite (ce qui constitue selon la terminologie proposée par P. Meirieu une « unité pédagogique fonctionnelle »), de manière autonome donc, pour mener à bien le projet éducatif élaboré évidemment à partir des impératifs énoncés par les programmes nationaux.

On conçoit alors que la structure traditionnelle en classes d'âge disparaît au profit d'une multitude de possibilités de démarches pédagogiques, de groupes spécifiques d'apprentissage correspondant à des besoins immédiats et concrets mis en évidence par la réalisation du projet à laquelle travaillent solidairement des enfants d'âges différents (de la 6e à la 3e par exemple).

Tout cela, nombre de pédagogues (militants, souvent mais pas toujours, des mouvements pédagogiques) savent parfaitement le faire. Il serait regrettable de ne pas utiliser ces savoir-faire dans le cadre d'une nécessaire reconstruction de la formation des enseignants.

Des heures de classe gâchées

L'autonomie, cette autonomie-là, implique évidemment la responsabilité des enseignants et pose évidemment l'épineuse question « du temps de présence » dans l'établissement. Vaste sujet que je ne peux qu'évoquer ici dans l'espace de ces quelques lignes.

Je suis de ceux qui pensent que les heures de classe, de cours, gâchées pendant toute la durée de l'école obligatoire sont plus nombreuses que les heures mises à profit pour apprendre. Et ceci du fait essentiellement du non-sens des pratiques dans le cadre des classes d'âge, de la pratique encore et toujours du « je parle, tu écoutes ».

Dans le même ordre d'idées, on peut constater, par exemple, que les enfants finlandais de 7-8 ans bénéficient de 608 heures d'enseignement par an quand les petits Français en subissent... 864 (pour ce qui concerne les comparaisons internationales en matière d'heures-professeurs et heures-élèves on peut consulter les travaux de Nathalie Mons).

Ainsi n'est-il n'est pas aberrant de penser qu'il est tout à fait possible de travailler autrement sans travailler plus longtemps...globalement. Bien sûr la routine de l'emploi du temps fixé le jour de la rentrée pour toute l'année risque fort de ne pas être praticable mais la gestion du temps, dans le cadre de cette autonomie, comme la gestion des moyens attribués, est du ressort du collectif enseignant.

De sorte que pour penser une autre école il convient de se dégager de l'idéologie du travailler toujours plus qui n'est pas du tout innocente mais qui tente d'inoculer dans l'âme, si j'ose dire, non seulement la nécessité mais encore l'inéluctabilité du travail contraint, c'est-à-dire la contrainte comme horizon social indépassable.

Nul besoin pour avancer vers une école émancipatrice de réduire les grandes vacances que pour ma part je juge absolument nécessaires à l'épanouissement, c'est-à-dire à l'auto-didactisme permanent de tout enseignant responsable. Nul besoin de multiplier les heures de rabâchage, il convient au contraire de limiter les heures contraintes, comme le montre le système finlandais, en respectant les rythmes d'apprentissage de chaque enfant dans le cadre d'une coopération de plus en plus évidemment nécessaire entre la ville et l'école, coopération pilotée par des enseignants dont le professionnalisme résulte d'une formation exigeante.

Tel est l'alternative : ou bien les enseignants se saisiront de l'école pour l'émanciper et par là s'émanciper eux-mêmes, contribuant ainsi à la nécessaire métamorphose vers une société de tempérance, ou bien ils seront contraints de contraindre les enfants dans une école de malheur qui conduira le monde à l'abîme. 

Nestor Roméro



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