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Ecologie politique et mouvement ouvrier

Cette intervention de Jacques Archimbaud * a été présentée le 6 octobre 2014, lors d'une session du cylcle éco-formation organisé par EELV Montreuil. Elle avait pour thème : "Ecologie politique et mouvement ouvrier".

* Jacques Archimbaud est militant écologiste en Seine-Saint-Denis depuis 1985.

Cofondateur des premiers reseaux d’economie solidaire, ancien conseiller de Dominique Voynet au ministère de l’Environnement, et directeur de cabinet de la Mairie de Montreuil, ancien directeur de cabinet adjoint de Cécile Duflot (Ministère de l’égalité des territoires et du logement), vice-président de la commission nationale du débat public.

L’écologie politique n’est pas  tombée de nulle part... Ses sources sont nécessairement plurielles. Mais elle réfute l’idée qu’elle ne serait qu’une branche contemporaine ou une simple synthèse des cultures d’émancipation qui l’ont précédée.

Avec les traditions antérieures du mouvement ouvrier (libertaire, communiste, réformiste pour faire simple), et leurs variantes nationales ou continentales, elle entretient ainsi une relation de continuité et de discontinuité, de proximité et de distanciation, de prolongement et de dépassement, on pourrait dire d’unité et de conflit...

Pour bien la situer aujourd’hui dans le champ des idées, pour éclairer aussi quelques-unes des querelles qui nous agitent parfois, notre  séance d’autoformation  et d’échange se propose de faire un (petit) tour de cette question, à travers l’examen non académique de quelques notions bien connues et par exemple évidemment : forces productives, nature, capital, propriété, classes sociales, capitalisme, état, révolution, progrès, sens de l’histoire ….

 

Ecologie politique et mouvement ouvrier

Plan de l’exposé

Introduction : un rapprochement asymétrique

Partie 1 : Surgis à des moments différents de l’histoire, le mouvement ouvrier et l’écologie politique n’ont pas le même objet  initial.

Le mouvement ouvrier entend trouver une solution à la question sociale. L’écologie puis l’écologie politique visent à solutionner la question écologique.

Partie 2 : Comme nouveau mouvement d’action sur le réel, l’écologie politique revisite les questions posées par les pensées et courants antérieurs

Mise en cause du productivisme. Interpellation des sciences et des techniques. L’écologie politique contre le travaillisme et le modèle salarial intégral. La critique écologiste de la consommation Une autre vision de l’égalité et de la différence L’écologie annonce le dépassement du capitalisme

Partie 3: Deux cultures de la transformation :

La nation et l’Europe. Objectifs et moyens de la transformation, relations à l’État. Révolutions minuscules, sujet historique de la transition écologique 

Ouverture :

Nous serons ce soir dans une comparaison ou un rapprochement asymétrique

A mes yeux, le mouvement ouvrier, est un astre ou une galaxie en voie d’extinction mais dont la lumière continue, un peu affaiblie, à nous parvenir.

C’est désormais un récit du passé…  Une référence mythologique marqué par du glorieux, des rendez-vous ratés et du tragique.

Le glorieux, c’est le mythe : le prolétariat montant à l’assaut du ciel, pendant les insurrections du 19eme siècle et particulièrement la commune de Paris. C’est octobre et la révolution chinoise C’est un projet planétaire unissant dans une même vision de l’avenir et sur tous les continents des ouvriers, des paysans des savants, des artistes.

C’est chez nous le front populaire, les conquêtes sociales de la libération, en partie l’anticolonialisme.

Les rendez-vous, ratés, c’est ceux du pacifisme, du féminisme, de mai 68, des nouveaux mouvements sociaux des années 70 et de l’écologie

Le tragique, c’est les crimes du communisme ayant réellement existé en URSS, la dégénérescence de la Chine en une structure hybride mêlant  le capitalisme le plus sauvage à la plus implacable dictature de parti unique

Avec une interrogation : la déviation totalitaire était-elle contenue dans la matrice initiale ou est-elle le produit d’une dégénérescence dans certaines circonstances historiques ?

Au total, le mouvement ouvrier en tant que tel n’existe plus.

Il a été défait historiquement et s’est défait lui-même, il ne se vit plus que sous la forme nostalgique d’une certaine mémoire de l’histoire

Ses différentes branches se sont vaguement replacées sous le chapeau ou  sous le nom de gauches (avec un s, car il y a plusieurs gauches) mais elles sont profondément segmentées et se vivent comme séparées.

Les éléments de doctrine sont éparpillés.

Aucun pays ou aucune expérience n’incarne désormais en tout cas à lui seul ou à elle seule un modèle ou une référence auquel puisse s’identifier l’une ou l’autre de ces traditions.

Ce dont on parlera aujourd’hui, c’est donc du tronc commun initial, en essayant de comprendre ses évolutions.

Il y a une tradition communiste longtemps dominante: marxiste-léniniste, stalinienne, poststalinienne incarnée par le PCF… Au sein de la tradition communiste, variantes trotskistes, maoïstes…Des colorations nationales : française, italienne…

Il y a une tradition libertaire, représentée par les différents mouvements anarchistes : là encore on rencontre de multiples histoires : l’utopisme français (Saint-Simon Proudhon, Fourier) le conseillisme autrichien ou hollandais, l’anarchisme russe, le luddisme…

Il y a une tradition socialiste : le socialisme à la française, mais qui chez nous a cessé de se réclamer des doctrines du mouvement ouvrier et qui n’en finit pas de faire sa mise à jour, comme d’ailleurs  ses homologues d’Europe du nord, le socialisme allemand, le travaillisme anglais

L’évolution de cette tradition vers la sociale démocratie, vers la gestion de l’Etat providence, vers le keynésianisme économique, est elle-même aujourd’hui confrontée à trois interpellations majeures : la mondialisation, les cycles économiques à croissance faible, la crise écologique.

Et plus ou moins liés à chacune de ces traditions, on intégrera aussi sous la marque « mouvement ouvrier » les mouvements sociaux syndicaux, associatifs, coopératifs, mutualistes..…Les bourses du travail...

Pourquoi alors est-il intéressant, au-delà de l’histoire, de réfléchir à  la relation entre le mouvement ouvrier et l’écologie politique ?

Pour une raison contingente et pour trois raisons importantes:

La contingente c’est qu’on en trouve des traces ici ou là, par exemple en seine Saint Denis et par exemple à Montreuil : pour agir sur un territoire, il est mieux de connaître l’esprit du lieu.

Les trois raisons importantes :

D’une part, si le mouvement ouvrier comme doctrine est en voie de disparition, un certain nombre des causes, des contradictions et processus qui l’ont fait naître demeurent bien actives. Pendant les travaux la lutte de classes continue.

D’autre part les concepts utilisés par le mouvement ouvrier, restent doctrinalement parmi les plus élaborés. Marx, Lukacs, Gramsci, personne ne peut faire l’impasse sur leurs apports à la pensée universelle. On y revient de fait sans cesse pour penser l’inégalité, la domination, l’exploitation  

Enfin et surtout, cherchant sa propre voie et restant une doctrine en construction l’écologie politique est forcément influencée par les traditions qui l’ont précédée

Ses propres sources sont composites.

Pensée pré-capitaliste, marxisme, tiers-mondisme, environnementalisme, convivialisme, autogestion, traditions critiques des sciences et de la technologie, sociologies et théories du risques, critique féministe de l’économie domestique, notions issues de la haute fonction publique, des technocraties d’état ou onusiennes...  (Le développement durable est un  concept diplomatique)

Il n’y a pas de référence ou de grand livre unique

Ce qu’on appelle l’écologie politique est une somme d’ajustements théoriques, un compromis doctrinal qui s’est adapté aux temps et surtout aux trajectoires militantes.

En France, rencontre initiale dans les années 80 de militants environnementalistes + militants antinucléaires, féministes, régionalistes, certains venus de l’extrême gauche auxquels se sont ajoutés des militants issus du Ps et du Pc  + une nouvelle génération instruite.

Si l’écologie politique veut prendre son envol, si elle ne veut pas répéter dans un langage antérieur et caduc la révolution à venir, elle doit trouver ses propres concepts, ses propres mots, ses propres références.

J’avais indiqué dans un exposé antérieur fait pour les jeunes écologistes, que l’écologie politique n’était d’après moi ni une science ni une conception ou une philosophie globale du monde, mais qu’elle était une conception de l’action politique reposant sur une économie politique nouvelle, un humanisme de la responsabilité et une nouvelle pratique de la démocratie

Cette culture politique emprunte donc forcément aux traditions antérieures et c’est cela que je vous suggère d’examiner.

 

Partie 1 : Surgis à des moments différents de l’histoire, le mouvement ouvrier et l’écologie politique n’ont pas le même objet explicite ni la même question à dénouer

Le mouvement ouvrier visait et vise encore à trouver une solution à la question sociale telle que la posait l’émergence massive de la classe ouvrière aux différentes étapes de la révolution industrielle en Europe et aux USA :

Première étape : l’accumulation primitive forcée : les révoltes s’opèrent contre l’épuisement, par surexploitation, de la force de travail ouvrière, la paupérisation absolue et la grande misère urbaine du salariat moderne, contre l’explosion des inégalités.

Seconde étape : au stade colonial et ou impérialiste, ce qui actualise le mouvement ouvrier, c’est l’extension progressive du capitalisme à la plus grande partie de la planète et son devenir monopoliste.

Le propos immédiat du mouvement ouvrier dans ces contextes : la défense de la force de travail par le combat quotidien, la grève, l’entraide ouvrière.

Son propos stratégique, son grand récit et sa promesse se construisent ensuite autour de la disparition du capitalisme, de la construction, à l’échelle internationale, d’une société sans antagonisme de classe sociale, l’égalité, la fin de la propriété privée des moyens de production et d’échange.

Le but est la conquête ou la destruction de l’état des classes dominantes et possédantes, l’appropriation sociale des grands moyens de production.

Ce processus d’émancipation étant appelé à s’étendre par alliance des classes des pays développés avec les mouvements de libération des pays dépendants.

Une nouvelle société, dite socialiste, devait ainsi voir le jour, fondée sur l’alliance (voire la dictature) des classes auparavant opprimées ou dominées économiquement.

Pour la plupart des traditions ouvrières, le développement des forces productives, (énergie, machinisme)  libéré par la fin de l’exploitation, mettrait fin aux pénuries, et permettrait une répartition plus juste des richesses : c’est la célèbre formule de Lénine : le socialisme c’est les soviets + l’électrification"

L’écologie puis l’écologie politique étant surgies dans un contexte totalement différent, leur propos initial ou originel diffère profondément :

il s’agit non pas de solutionner la question sociale mais d’entreprendre de solutionner la question écologique, c’est-à-dire la relation de la société humaine à la question écologique.

Alors l’écologie ne tombe pas de nulle part, elle s’inscrit elle-même dans une très ancienne lignée de pensée :

Dans les sociétés à dominante agricole, les questions de la nature et de la relation de la société à la nature sont très présentes Elles s’identifient à des interrogations fortes sur la création, la matière, elles ont des enjeux économiques concrets : la terre, les pénuries, les crises alimentaires, la productivité, le rendement, la relation ville campagne, (Voir au 18ème siècle les physiocrates sur l’origine de la richesse)

Dans le cours du processus d’accumulation industrielle, trois mouvements se conjuguent pour poser la question de la valeur de la nature et de l’environnement puis de leur protection

L’interpellation nostalgique des conséquences néfastes de l’industrie et du capitalisme: la perte de ruralité, le recul des solidarités communautaire, du religieux, la dégradation des paysages, le développement du banditisme urbain (Voir la littérature réactionnaire française, voir la Naturphilosophie allemande avec Novalis, Goethe et Schelling, voir le romantisme français)

Les constats empiriques, les effets délétères de l’industrialisation sur le sol, les eaux l’air, l’alimentation, la santé publique, certains de ces constats s’effectuant même dans le cadre du mouvement ouvrier naissant.

Le développement autonome d’une science écologique qui, au-delà de la biologie, analyse les systèmes du vivant et les relations des espèces entre elles, les habitats, l’écologie scientifique (Les grands noms

Dans la phase du productivisme planétaire : l’écologie devient une question vraiment politique (l’écologie politique) les macro-dégâts produits par cette accumulation de conséquences négatives sont clairement mis en évidence :

ils amènent à l’épuisement des ressources naturelles, par exemple au déstockage irréversible d’hydrocarbures fossiles, l »érosion massive des sols, la perturbation du cycle du carbone ils accélèrent le processus de déclin des espèces, ils menacent les équilibres fondamentaux, l’avenir de la planète et même la survie de l’espèce humaine.

Au point même qu’a surgi de façon rétroactive le concept d’ anthropocène »  qui désigne une nouvelle époque géologique, qui aurait débuté à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle, époque à partir de laquelle l'influence de l'homme sur le système terrestre serait devenue prédominante : l’humanité est en quelque sorte devenue une force géologique en elle-même..

L’écologie politique surgit donc comme doctrine politique de la phase postindustrielle du capitalisme ou de la phase post-capitaliste de la société industrielle !

L’EP explore deux champs ou deux objets qui, n’entrent pas, historiquement et presque par définition, dans le champ de vision du mouvement ouvrier réellement existant

Deux champs qu’il n’est pas en situation de penser ou qu’il considère comme secondaires à savoir :

•     Le caractère limité et fini de la ressource : matières fossiles, minerais, sols, biodiversité, eau, air.

•     L’interdépendance des organismes vivants et l’extrême dépendance de la vie humaine par rapport aux écosystèmes. les aménités et services rendus par la nature, l’importance de la biodiversité pour la médecine, l’influence du climat sur la production humaine,

Autrement dit l’écologie politique rompt avec l’anthropocentrisme, l’homme démiurge au centre ou maître de tout. Avec le mythe de l’homme Prométhée, voleur de feu et voulant s’élever au niveau des dieux.

Elle rompt avec l’idée que la capacité de tirage des sociétés sur le vivant est illimitée ou que l’accès au capital naturel est définitivement sans coût.

Le mouvement ouvrier affirmait en dernière analyse que la contradiction bourgeoisie/ prolétariat était la contradiction principale, celle qui sur-déterminerait toutes les autres et les ferait se dénouer toutes.

L’écologie politique ne raisonne sans doute pas dans ces termes-là mais si elle avait à le faire elle dirait sans doute que la contradiction principale oppose, à l’échelle de la planète et dans la phase historique à venir, les forces, les facteurs et acteurs de préservation du vivant, aux forces, aux facteurs et aux acteurs de sa destruction.

D’un point de vue de la définition stratégique de son rôle historique, on dira que son objet premier ou initial n’est pas la construction d’une société sans classe mais le passage d’une civilisation fondée sur l’extension indéfinie de la production et la destruction des ressources qui en découle, à une autre qui assure leur conservation, leur renouvellement, et leur équilibre.

Et cela à l’échelle non plus d’un territoire, d’un pays ou d’un contient mais bien de la planète entière.

« Il ne peut y avoir d’écologie dans un seul pays »

L’écologie politique  se propose donc d’agir sur le rapport des hommes et des groupes sociaux entre eux, afin d’assurer les meilleures relations possibles de l’humanité avec le vivant considéré dans son ensemble.

 

Partie 2 : Comme nouveau mouvement d’action sur le réel, l’écologie politique revisite les questions posées par les pensées et courants antérieurs

En descendant dans l’arène, les écologistes politiques rencontrent les acteurs, les représentations, les idées, les institutions, qui se sont structurés dans les phases antérieures.

Ils sont ainsi confrontés à la question économique et sociale telle qu’elle a été posée par le mouvement ouvrier mais également à celle de la démocratie (et en France à sa forme républicaine).

Quand ils parcourent le champ politique, ils tombent sur les sujets particuliers de l’occupation de l’espace, de la ville, de la relation Capitale /régions, des rapports de genre, de la famille, de l’éducation, de la police et de la justice, de la fiscalité, etc.

Pour construire leur doctrine et pour revisiter les doctrines antérieures, la méthode et le raisonnement des écologistes sont assez simples :

Quelles compatibilités avec notre objet, notre mission et notre fonction ?

Au regard de nos propres buts comme courant de transformation, qu’est-ce que nous leur empruntons de positif, qu’est-ce que nous ne gardons pas et même qu’est-ce que nous rejetons ?

Je me propose donc d’examiner sur quelques points clefs, en quoi l’écologie se rapproche ou distingue du mouvement ouvrier, en parcourant une sorte de lexique.

Quelle vision par l’une et par l’autre de la production, de la place des sciences et techniques, du travail, de la consommation, de l’égalité, du capitalisme, de la propriété.

Mise en cause du productivisme

Le mouvement ouvrier traditionnel participe incontestablement de l’idéologie de la conquête de la Nature, telle qu’elle est d’ailleurs symétriquement portée par les grands capitaines d’industrie.

La valeur produite ne pose pas de problème insurmontable en tant que tel, ce qui fait conflit est son affectation et son partage inégal en bout de course.

L’accumulation de valeur est bonne si elle est bien répartie.

Dans sa forme extrême cette idéologie sera intériorisée par les pionniers staliniens de l’industrialisation lourde et de la conquête des steppes, qui à travers un véritable système de capitalisme d’état, feront faire a l’Urss un bond productif sans précédent.

Chez Marx lui-même, la Nature est prise en compte essentiellement pour être soumise à la loi transformatrice du Travail, comme illustration d’une tradition célèbre : "La matière aspire à la forme »..

Les écologistes sont au contraire favorables à la reprise de contrôle du processus d’accumulation de la richesse humaine quand elle se forme au détriment du capital naturel global.

La production de valeur et son partage doivent être compatibles avec la préservation du patrimoine accumulé pendant des millions d’années

Le calcul économique les choix productifs et les procès de production doivent intégrer les externalités positives et négatives, les coûts induits, cachés ou différés, les stocks reconstitués avant que leur destruction ne soit irréversible. 

Il suppose l’introduction d’une véritable comptabilité de la matière, des espèces, ou des flux énergétiques.

Ainsi avons-nous atteint en matière de pétrole le moment ou les ressources consommées sont supérieures aux réserves exploitables,

Le peak oil est à l’origine de que les anglo-saxons appellent le  « peack everything » c’est-à-dire le « pic de tout », puisque la raréfaction des sources fossiles complique sérieusement par ailleurs la recherche de minerais, de nodules métalliques, de phosphore, etc.

D’une façon générale, d’autres indicateurs de richesse que le PIB, doivent s’imposer. Des indicateurs de bien être, « de bonheur intérieur brut », de qualité de vie..

Et compte tenu du fait que l’extension du modèle occidental à toute la planète signifierait un effondrement de celle-ci, le but est bien de faire décroître fortement l’empreinte écologique, problématique largement ignorée par le mouvement ouvrier traditionnel

Qualitativement, il s’agit à partir de là d’opérer de très profondes ruptures.. 

Réduire le gaspillage, réorganiser les lieux et les procès de production de telle façon qu’ils favorisent une visibilité des impacts et une bonne « gouvernance des retours écologiques » : circuits courts, production décentralisée,

D’une manière plus générale le propos est de déconstruire le système productiviste en lui arrachant ou en lui soustrayant les grands facteurs qui composent son système d’accumulation

Par système productiviste, il faut entendre pour les écologistes la triple alliance du capitalisme, du système technico-scientifique et des appareils idéologiques de reproduction sociale.

 

Interpellation des sciences et des techniques : la techno science.

Le mouvement ouvrier dans sa majorité s’inscrit dans le cours progressiste de l’histoire qui, depuis la nuit des temps va de la « nécessité vers la liberté », vers la satisfaction des besoins humains, vers la fin de la pénurie.

Contemporain des grandes découvertes scientifiques et techniques, il considère que la science et la technique sont globalement émancipatrices puisqu’elles permettent de produire mieux et plus efficacement, sur des échelles plus vastes, de façon plus rationnelle

Dans la tradition du rationalisme français des lumières, science et technique sont censées déchirer le voile de l’ignorance, de l’obscurantisme (et notamment des religions) qui sont autant de moyens par lesquels les classes dominantes font apparaître leur domination comme naturelle et éternelle.

La confiance inébranlable dans la science amène ainsi le mouvement ouvrier à penser qu’on finira bien par trouver des solutions aux incertitudes voire aux conséquences négatives qui naissent de tel ou tel progrès.

S’ajoutant à l’idée qu’il faut centraliser la production et même l’étatiser pour pouvoir mieux la contrôler dans le cadre du socialisme à venir, cette confiance a in fine poussé le mouvement ouvrier à soutenir l’énergie nucléaire d’état comme énergie progressiste du futur

Or l’énergie nucléaire est l’illustration typique en France du processus par lequel le complexe technoscientifique (et dans le cas particulier les physiciens), est devenu opérateur absolu énergétique entre les mains d’une petite caste qui n’était soumis jusqu’à une période récente à aucun contrôle démocratique

Le système technoscientifique, loin de n’être qu’un appendice du capitalisme, comme le prétendent quelques antilibéraux sommaires, doit donc être considéré comme une composante en tant que telle du modèle productiviste, et cela d’autant plus qu’il est le produit social aussi bien du  secteur public que du secteur privé.

L’écologie politique s’inscrit dans la filiation du mouvement grandissant de contestation et de critique des sciences et techniques au 20e siècle 

Les violences de la première guerre mondiale, le traumatisme totalitaire, la Shoah, Hiroshima et d’une façon générale les effets de l’enrôlement des savants et des ingénieurs au service de l’industrie de la mort ont représenté autant de moments forts de la crise de la conscience scientifique au 20e siècle.

Ces moments ont porté le doute au sein même du mouvement ouvrier.

Depuis le milieu du siècle dernier, ont émergé un certain nombre de pensées très critiques de la conception scientiste et techniciste y compris dans el marxisme : cf. l’école de Francfort, (Horkheimer, Adorno, Walter Benjamin) puis les marxistes américains. (Marcuse..)

Pour l’écologie politique, il faut interpeller les valeurs, les finalités, les modes d’organisation du progrès scientifique et technique.

Elle conteste non seulement la privatisation des usages ou une mauvaise utilisation de la science mais elle interpelle sa capacité à s’autolimiter son objet, à ne pas s’aventurer sans contrôle social sur des terrains particulièrement incertains, par exemple les manipulations du vivant, les dommages irréversibles causés à l’environnement (OGM, nucléaire, gaz de schiste)

Comme le dit très bien Ulrich Beck . « on n’exhorte la population à monter à bord d'un avion pour lequel aucune piste d'atterrissage n'a été construite à ce jour.»

La gestion sociale du risque devient partie prenante intégrale de la démarche scientifique,

Et en politique, à la question historique de la misère, s’ajoute celle de la peur, les conflits contemporains étant largement liés à l’apparition de ces nouveaux risques.

Pour faire face, les écologistes insistent sur la prévention plus que sur la réparation.

Le « Principe de Responsabilité »de Hans Jonas établissait le « in dubio pro malo. «  c’est-à-dire l’idée que s’il y a plusieurs conséquences possibles de l'emploi d'une technologie, il faut décider en fonction de l'hypothèse la plus pessimiste.

Dans cette logique, les écolos font leur le principe de précaution formulé en 1992 dans la Déclaration de Rio et constitutionnalisé en droit français positif: 

« La précaution vise les risques dont ni l'ampleur ni la probabilité d'occurrence ne peuvent être calculés avec certitude, compte-tenu des connaissances du moment »

Donc pas plus que la machine ne libère forcément ou spontanément ni le travail ni les femmes, tout progrès pris isolément ne doit pas être considéré comme forcement positif et doit être soumis à délibération et à approbation.

A cet égard, les écologistes soumettent à un regard très critique l’accélération actuelle de l’expansion technologique, et par exemple l’idée que la géo ingénierie, les biotechnologies, les nanotechnologies, l’économie 2.0 ou les imprimantes 3D permettraient à tout coup de sortir des impasses antérieures.

Sans que cette orientation ne mette en cause ni la recherche, ni la High Tech, qui peuvent représenter des solutions de transition, ils se prononcent plutôt pour le déploiement de technologies soft ou low qui présentent les caractéristiques suivantes :

Elles font simple et sobre, elles économisent la ressource, elles recherchent l’équilibre entre performance et convivialité, elles relocalisent sans perdre les bons effets d’échelle, elles ne « machinisent » les services que lorsque cela les améliore et enrichit le travail, elles favorisent les temps et les rythmes les plus adaptés aux usages et non la vitesse à tout prix.

Elles rendent possibles au maximum les productions autonomes, maîtrisables par les entreprises et les populations locales sur des territoires résilients, plutôt que les macro-systèmes requérant des moyens à la portée d’un très petit nombre d’entreprises multinationales.

Elles Inversent la tendance à la standardisation absolue qui ruine la « négociation » avec la matière ou la nature au profit de produits hors sol, hors temps et passe partout : exemples l’amiante, l’huile industrielle de palme

Elles augmentent la performance des objets dans la durée, refusent de programmer l’obsolescence, elles privilégient la fabrication d’objets réparables ou échangeables.

Les conséquences de ces principes sont très nombreuses en matière d’agriculture, d’alimentation, de distribution, de transport et de mobilité, de matériaux pour le bâtiment, de concentration urbaine et d’étalement.

L’écologie politique contre le travaillisme et le modèle salarial intégral

L’imaginaire ouvrier, s’est longtemps caractérisé par une apologie  du travail, une glorification de la machine et de l’usine, de la mine ou du haut fourneau, une évidente sympathie pour la grande production de masse, une forte prévention contre la petite production artisanale. 

C’est le travail usiniste, son rapport à la grande production de masse , à la matière et à l’outil qui a ses yeux forme la spécificité  ouvrière : capacité  à jouer collectif, aptitude au sacrifice etc.

C’est le travail qui libère et donne à  chacun son identité.

Le rapport salarial est en fin de compte présenté comme  la forme la plus élaborée des modes d’insertion dans la  production : il s’agit d’inverser le rapport de domination et pour autant qu’on transforme les rapports de propriété et la répartition du profit,  il constitue un modèle progressiste au regard de l’histoire.

Pour les écologistes au contraire, le travail ne doit plus avoir comme finalité principale d’arracher de la valeur à la nature, il doit s’émanciper de la domination du produire plus, reprendre de l’autonomie pour aller vers le produire mieux

Ils reprennent à leur compte la critique du travail aliénant dans lequel le producteur singulier disparait derrière sa production.

Une nouvelle productivité écologique (quelle quantité de ressources utilisées pour quel résultat et quel retour  vers les écosystèmes ?) est l’objectif.

La finalité du travail est ré interpellée : il ne peut être émancipateur s’il participe de la destruction de la nature.

Cette émancipation du travail implique des changements considérables :

Son partage et la réduction de sa durée, la récupération par la majorité des habitants de temps socialement utile.. L’écologie rencontre là une dimension historique forte du combat ouvrier pour le temps libre

La réduction de la concurrence entre les forces de travail qui aboutit à l’acceptation par les chômeurs et par les précaires  de n’importe quel type d’emploi. Autrement dit le resserrement de l’échelle des salaires, le découplage partiel du travail et du revenu,  l’hypothèse de l’instauration de formes de revenu universel.

La maîtrise de la division sociale du travail, la réduction de  la séparation entre décision et exécution, entre travail intellectuel et travail manuel, autrement dit l’extension de la responsabilité écologique dans l’activité

Le rééquilibrage des parts respectives  du travail salarié et du travail indépendant

La préférence pour l’organisation maitrisable de petites organisations en réseaux plutôt que  la grande organisation anonyme

La promotion de liens très serrés entre le producteur et le consommateur

Sur tous ces points, on observera que L’écologie politique est plus proche de la tradition libertaire et autogestionnaire (voir le droit à la paresse, la création des communautés de travail,) que des  traditions communistes ou socialistes.

Elle appelle au renouvellement de la pratique du syndicalisme, qui ne devrait plus se limiter à la défense de la force de travail ou du pouvoir d’achat des salariés mais s’ouvrir à des enjeux plus vastes de l’utilité sociale et de l’utilité écologique .

La critique écologiste de la consommation

Le mouvement ouvrier, dans son objectif d’une meilleure répartition et d’une plus grande égalité, a toujours prôné la croissance indéfinie de la consommation de masse. Le fameux gâteau qui doit s’élargir pour être mieux partagé.

Dans la pratique, cette aspiration a priori légitime au partage des richesses, et les combats pour ce partage ont conduit dans les pays développés au compromis fordiste  puis aux fameux théorèmes keynésiens Salaire/ Consommation/ Profits/ Investissements/Emploi, c’est à dire à l’intégration du noyau stable de la classe ouvrière et des salariés garantis dans  la société de consommation.

Du fait du « toujours plus à moindre coût », les marchés se sont segmentés avec l’apparition d’une production écrasant les prix et la qualité (Le fameux poulet aux hormones...).

La pression s’est accrue sur la nature et sur l’espace.

La bataille pour la répartition de la valeur ajoutée entre producteurs, distributeurs et consommateurs a laminé les paysans pauvres et moyens, favorisé la grande distribution au détriment du petit commerce

Le consumérisme dont a participé le mouvement ouvrier est devenu un mythe conservateur..

Dans la consommation, les écologistes en appellent  donc à  distinguer :

Les besoins fondamentaux qui doivent être largement satisfaits par l’allocation régulée voire mutualisée des biens communs.

Les besoins contingents dont la satisfaction doit être gouvernée selon d’autres critères 

Ils  soutiennent le rétablissement de circuits les plus courts et les plus écologiquement performants.

A la marchandisation systématique, ils préfèrent la diversification  des formes d’échange, la réintroduction de formes  non marchandes par exemple  le don et le troc, l’usage de monnaies locales élargissant la capacité d’accès à des groupes à faible revenu.

Pour ce qui est de l’accès à la consommation des catégories  les plus pauvres, ils rééquilibrent la notion de pouvoir d’achat par celle le « pouvoir de vivre »,

Ils en appellent à une réduction des dépenses contraintes par une lutte d’ampleur contre le gaspillage,

Ils prônent la  baisse de l’addiction à l’énergie et de la dépendance par rapport à la rente foncière, le recul de la mobilité imposée, une pression plus forte sur les situations de monopole, y compris certains monopoles de l’Etat.

La vision écologiste de l’égalité et de la différence

Parvenue à un certain niveau, les inégalités d’accès à la richesse et à la consommation génèrent par rapport à la question écologique une montée de la conflictualité dans chaque société. 

Trop d’inégalités provoquent une pression sur la ressource, génèrent du conflit,  la distribution prend  de façon obsessionnelle le pas sur la question de la maitrise et de la nature de la production.

La partie de la population qui est confrontée à, la question de sa propre survie  ne peut s’inscrire dans le temps long, ou s’occuper de  la survie de la planète

L’explosion du coût de la ressource, devenue rare, fait monter les risques de guerre à l’échelle des nations

Au demeurant l’inégalité sociale ne se mesure pas seulement en terme de pouvoir d’achat ., mais plus généralement en terme de bien être  ;

L’écologie politique est ainsi attentive aux inégalités environnementales, à l’impact des facteurs environnementaux (Bruits, pollutions chimiques, qualité de l’air, installations dangereuses) sur la santé, à la qualité de l’alimentation (malbouffe) et du coup à travers l’accès inégal à la ressource aussi aux facteurs territoriaux des inégalités.

Elle se réfère à la notion de « justice environnementale » : les travailleurs quels qu’ils soient ne doivent pas être forcés de choisir entre un environnement dangereux et le fait d’être privés d’emploi.

Le seuil d’inégalités supportables étant largement dépassé et même s’aggravant  l’écologie politique considère que la  mobilisation pour réduire la pression écologique exige le retour à un niveau minimum d’égalité.

Egalité ne veut cependant pas dire uniformisation ni réduction à des modèles simples.

L’Ecologie Politique  est à cet égard bien davantage attentive que le mouvement ouvrier à la diversité, au spécifique, au singulier.

L’écologie politique, doit en effet faire face à un nouvel impératif : protéger le vivant rare,  vulnérable ou ignoré : celle qui n’est pas représentée aujourd’hui  au banquet de la gouvernance  et dont la disparition d’aujourd’hui affecte la capacité des générations futures à résister aux défis du futur.

A la différence du mouvement ouvrier dans sa forme traditionnelle, Il n’y a pas de front principal et de front secondaire, de causes nobles ou de causes moins importantes.

L’écologie annonce le dépassement du capitalisme

Comme le mouvement ouvrier les Ecologistes considèrent que le capitalisme tel que nous le connaissons correspond à un moment déterminé de l’histoire des sociétés

Il n’est ni  atemporel  ni éternel.

Comme agent de passage de la manufacture au machinisme, il a porté à son plus haut point la domination de ‘l’espèce humaine sur les autres espèces et sur la nature,

Comme agent de la « collectivisation en masse du travail »  Il est parvenu, au regard des critères antérieurs de l’économie, à un très haut degré de productivité : mais les effets contre productifs ont été immenses

 Il a en particulier abouti une immense destruction de capital naturel.

Le capitalisme comme modèle unique et exclusif de combinaison des facteurs de production autour de la centralité du capital n’est donc à l’usage ni fiable ni durable écologiquement.

Les écologistes ne peuvent cependant attendre la fin du capitalisme en général pour que s’engage la transition vers un autre modèle de développement. 

D’autant qu’a leurs yeux, la socialisation généralisée des moyens et des biens de production, est loin d être la panacée : Il ne suffit pas de changer les formes et même les rapports de propriété, et d’imaginer une autre affectation du profit, pour que le système tourne dans  le sens de l’intérêt général

D’autant également  que le capitalisme sous sa forme libéral est loin d’être le seul problème à résoudre pour traiter efficacement de la question écologique : nous l’avons vu, la technoscience, dans son sens large, mais aussi le complexe  militaro ou « sécuritaro-industriel », sont des enjeux majeurs de réappropriation dans la phase de la transition écologique.

Plus que la destruction violente du capitalisme,  l’écologie politique en appelle donc à son dépassement sous l’effet combiné d’abord de ses contradictions internes, des aspirations nouvelles ensuite à l’autonomie, des possibilités alternatives enfin offertes par le passage à la société de l’information à l’économie  des usages.

Ce dépassement ouvre pour l’action plusieurs directions :

·    La réduction du poids du capitalisme financier et des mécanismes qui créent  en permanence des processus de bulle spéculative

·    Un contrôle fort  sur  l’influence des grandes sociétés capitalistes dans la gestion des biens communs fondamentaux, alimentation, services écologiques de base et énergie

·    La réduction considérable des monopoles de production, de distribution et de service

·    La revalorisation dans la gouvernance des grandes organisations  du poids des salariés et des usagers

·               L’encadrement  légal et réglementaire de la qualité écologique de la production

L’écologie politique soutient l’hypothèse de l’économie plurielle et de la démocratie économique, (d’aucuns parlent d’une économie hybride) composée d’un secteur d’économie de capital, d’un secteur d’économie mutualiste ou coopérative et d’un secteur public

De la même façon, l’écologie politique est favorable à une économie de marchés avec un s

Avec un marché traditionnel régulé, un  marché public contrôlé par la puissance publique, un marche alternatif et solidaire dans lequel le troc, le don, l’échange de valeurs d’usage importe plus que les valeurs d’échange.

La vision qu’a l’écologie politique de la propriété, est non pas qu’il faille détruire la propriété en général mais que c’est de l’équilibre entre ses différentes formes (privée, publique, collective) que peut naître un contrôle social accru et efficace des impacts écologiques des productions

A la satisfaction des  besoins, des envies ou des désirs par la possession ou la propriété, les écologistes préfèrent la satisfaction par l’accès à l’usage ;

Partant de ces visions différentes de la production, de ses finalités, et des rapports sociaux  dans la production et dans la société, axes sur des objectifs différents, l’écologie politique et le mouvement ouvrier ont développé des conceptions et  des pratiques assez différentes de la politique et de la démocratie.

 

Partie 3/ Deux cultures de la transformation

Dans la plupart des pratiques du mouvement ouvrier, en tout cas dans les traditions staliniennes et socialistes, et malgré la proclamation internationaliste, le cadre essentiel de l’action reste la nation française.

S’agissant de la France, le triptyque Social/République/Nation dans le mouvement ouvrier, provient du fait que l’adversaire de classe est apparu souvent comme ayant préféré  le parti de l’étranger  à sa propre population

La tradition quasi patriotique du mouvement ouvrier français  a été ainsi renforcée par le compromis issu de la Résistance dans lequel la fraction nationale de la bourgeoisie française (les gaullistes) et les communistes se sont unis  à la fois autour de la libération du territoire et d’un certain nombre de conquêtes sociales, notamment la sécurité sociale.

Ce côté très national, voir chauvin, du mouvement ouvrier français explique l’assourdissant silence des communistes et des socialistes lors des  massacres des révoltes de Sétif et Madagascar en 1945, puis leur retard dans le soutien à la lutte de libération nationale du peuple algérien

Il explique aussi leur attachement  constant aux dispositifs techno scientistes du capitalisme d’état français : charbon, gaz, chemin de fer, nucléaire, autoroute, transport aérien.

Il explique très largement aussi sa défiance vis avis de l’Europe, du refus de la Communauté européenne de défense au rejet du TCE,  celle-ci étant considérée comme un projet très largement subordonné aux intérêts américains ou anglo-saxons 

Les écologistes sont issus d’une autre tradition : le pacifisme, le mondialisme le tiers-mondisme les vaccine d’une certaine façon contre ce chauvinisme

Ils comprennent la spécificité des nations comme communautés de destin ayant des spécificités propres et ne proposent nullement de les détruire

S’agissant de la France, ils ne passent par pertes et profits l’identité nationale et considèrent même que certaines de ses valeurs, (République, droits de l’homme, mise en sécurité sociale de la population, art de vivre) ont une vocation universelle.

Cependant et compte tenu des enjeux contemporains, les écologistes inscrivent leur vision dans une double perspective cosmopolite et européenne.

Cosmopolite en ce sens  que le droit de migrer, la possibilité ou  l’obligation de migrer sont des composantes naturelles du vivant et qu’elles participent de la capacité des sociétés à percevoir mieux les enjeux de la planète, à partager les richesses, à établir la paix

L’écologie se présente donc bien comme la doctrine qui fait le lien entre le terroir et la planète, l’alliance des sédentaires et les nomades pour le bien commun..

Européenne, non pour transposer un patriotisme d’un niveau à l’autre, mais parce que dans le processus mondialisé de la transition écologique, l’échelle européenne est la seule qui puisse engager, en alliance avec les autres blocs continentaux, les changements indispensables en matière énergétique, alimentaire, de gestion des territoires.. 

Pour les écologistes, l’Europe doit ainsi, en empruntant à toutes les nations et à tous les peuples ce qu’il y a de meilleur dans leurs traditions, s’engager dans la construction d’un nouveau modèle de civilisation. 

Distants sur la question du cadre principal de l’action, écologie politique et mouvement ouvrier le sont également profondément sur les buts et les moyens d’action.

 Au premier rang de ses  objectifs du mouvement ouvrier   figure la conquête de l’état des classes dominantes, sa destruction et la construction de l’état socialiste. (Ces deux  derniers termes ayant évidemment disparu chez les sociaux-démocrates ! 

Les écologistes  n’idéalisent pas la conquête du pouvoir d’état qui ne changerait à elle seule par exemple ni les relations de travail, ni les mentalités des consommateurs, ni les rapports entre les sexes.

Pour les écologistes, l’objectif global est la transformation non pas du pouvoir mais des pouvoirs.

Là où par ailleurs le mouvement ouvrier met en préalable et au cœur de tout changement  la transformation de l’économie, c’est plus en profondeur le changement des structures  sociales, de l’espace urbain, des habitudes de production et de consommation, des mentalités, des rapports de l’homme à la nature qui apparaissent comme prioritaires et simultanés pour l’écologie politique

Là où le mouvement ouvrier  met au centre de ses moyens d’action, la rupture par  le conflit, l’écologie politique met en avant la nécessité de conquérir la majorité culturelle et de gagner des parts d’idées y compris  parmi les agents du système qu’elle  combat.

Les alliances qu’il imagine sont largement dictées a priori par la position des groupes sociaux dans l’économie et le travail.

L’objectif est  l’extension à toute la société d’une identité subjective compacte (le salariat, l’identité ouvrière) et d’un consensus généralisé autour de cette identité.

Pour les écologistes, l’objectif est différent : il est d’associer des composantes hétérogènes, de dégager un programme contractuel d’action commune, tout en mettant en relief des différences.

Il n’y a pas des centres et des périphéries mais des dispositifs réformateurs d’interaction  qui constituent la trame de la société en mouvement.

La présence de minorités et de communautés d’appartenances croisées de plus en plus complexes implique qu’on repense la citoyenneté.

Le droit doit garantir aux minorités le respect le plus complet de leur identité, mais celles -ci, en retour, doivent s’attacher à la défense et au respect des institutions démocratiques.

L’arc de force de la transformation et la coalition du changement écolo, ce que le mouvement ouvrier aurait appelé le sujet historique de la transformation, se construit ainsi par la création de dynamiques de coresponsabilité :

L’offre politique écologiste est à chaque instant d’appeler chaque acteur à transformer dans la société le maximum de ce qui lui est possible là où il est.

Plus les acteurs le feront volontairement, et moins la contrainte devra jouer  dans la société en transition...

Le propos, non violent, est de réduire la cible, d’isoler l’adversaire,  d’inhiber ses capacités de nuisance et de violence.

Certes, il y a certains moments des sauts qualitatifs, produits par la convergence des mouvements de résistance, des alternatives positives et des conquêtes de positions de pouvoir :

 

 

La sortie véritable du nucléaire, l’objectif d’une réduction globale de la consommation énergétique à bien être équivalent, l’instauration d’un tiers secteur d’économie solidaire, un véritable dispositif européen d’installation des lows technologies, constitueraient des priorités, des marqueurs et des objectifs intermédiaires fondamentaux.

Mais la stratégie écolo et les moyens d’action des écologistes renvoient non plus à LA rupture, mais à un ensemble de ruptures partielles, de micro révolutions multidirectionnelles aboutissant à ces étapes de la société en transition.

On est alors nécessairement confronté à des composantes psychologiques, esthétiques, éthiques de la société 

Certains écologistes à parler ainsi d’écosophie qui aurait pour perspective de ne jamais tenir séparées les dimensions matérielles et les valeurs des problèmes considérés.

Ces différences très importantes quant au cadre, aux objectifs et aux coalitions envisagées ont des impacts très forts quant à la manière de faire de la politique

Au schéma pyramidal hiérarchique ou en arbre du mouvement ouvrier  l’écologie politique préfère un fonctionnement plus horizontal, plus en réseau, plus « rhizomatique »

Aux pratiques des « sachants » (avant-gardistes ou technocratiques) qui disent aux masses ignorantes la vérité et qui indiquent les directions, les écologistes opposent des constructions politiques partagées autour d’un sens défini en commun :

La politique dite parlementaire n’a pas de supériorité sur les espaces où l’on fabrique de l’autonomie et de la fraternité.

Mais on refuse également l’idée que le social se ferait contre la politique en général : l’urgence est trop grande pour que les écologistes renoncent à la prise de responsabilité et a la possibilité de faire avancer les sujets le plus possible là où ils se trouvent.

Enfin, dans leur conception de la démocratie, les écologistes s’inspirent en partie des travaux d’Habermas.

Dans le cadre de la démocratie délibérative, ils soulignent l’importance des principes de discussion et de publicité, dans l’espace public

En situation incertitude, la source de la decision ne suffit pas à en garantir la légitimité.

Une décision n'est légitime que si la discussion qui y mène l'est également. 

Le débat public est donc un principe de légitimité .

La transparence donne à l'espace public un véritable pouvoir critique, un « pouvoir d'assiègement permanent » de l’etat: celui ci est revitalisé en permanence par la deliberation constante des individus.

 

 

En guise d’ouverture

Parce qu’ils sont positionnés sur le terrain de la transformation de la société, écologie politique et mouvement ouvrier s’interpellent forcément

Sur un certain nombre de sujets, des proximités théoriques rendent possibles la convergence : la critique du capitalisme comme forme hégémonique historiquement déterminée, la nécessité d’arracher à la sphère marchande un certain nombre de biens communs, la critique de l’aliénation.. La demande d’assurabilité et de sécurité dans la société du risque.

Des valeurs pourraient les rapprocher: La bataille pour l’égalité, (dans chaque pays comme dans la relation nord sud) Le cosmopolitisme qui n’est pas éloigné de l’internationalisme dans son énoncé. La solidarité.

Des enjeux concrets qui en découlent trouvent écologistes et partisans du mouvement ouvrier côte à côte parfois dans  l’action : sur la justice environnementale, la santé, l’éducation, la qualité du logement. 

Néanmoins de fortes différences subsistent dans le rapport à la société

Accusés d’appartenir au camp de la gauche d’accompagnement, les écologistes considèrent que la grammaire et les mots des principales traditions  issues du mouvement ouvrier sont datés et marqués par les conditions dans lesquelles elles ont émergé

Leur  prise de distance avec les dérives  de ce mouvement (et notamment les crimes du communisme ayant réellement existé) n’ont pas été jusqu’à une analyse des causes de la déviation totalitaire telles qu’on peut les repérer dans la doctrine.

Sans aller jusqu’à dire que Staline était déjà présent chez Marx, il n’est pas scandaleux d’observer que l’obsession centralisatrice ou la survalorisation du conflit et de la violence dans la politique sont porteurs d’une sous-estimation de la démocratie et d’une grande partie des dérives ayant réellement existé

 Le sectarisme des pratiques (l’extrême gauche a raison depuis la nuit des temps contre tous  les autres), le scientisme constant, l’arrogance prétention d’être dans le sens de l’histoire, tout cela converge pour accroître la distance avec l’écologie politique

Cette forme de stagnation datée empêche  les mouvements qui se réclament encore du mouvement ouvrier d’être raccord  avec les forces sociales nouvelles en émergence, de percevoir les signaux faibles du changement ou les nouveaux facteurs de transformation,  (Ils ont toujours un temps de retard)  et les enferme dans des formes de protestation ou de témoignage symboliques, elle  les condamne  à l’impuissance

Cousiner avec les dimensions régressives et négatives de ces mouvements ferait donc courir à l’écologie politique un danger absolument mortel, exactement symétrique à celui que lui ferait courir l’alignement sur le social libéralisme ou la sociale démocratie.

Le recyclage des productions  antérieures du mouvement ouvrier ne se fera qu’exceptionnellement par des accords d’appareil, ceux-ci n’ayant par  définition comme horizon toujours leur propre reproduction aux dynamiques et à l’autonomie du mouvement social

Il se fera sur le terrain, avec ce que les militants du mouvement ouvrier ont de généreux et de combatif, il se fera par le débat d’idée, il se fera  par l’invention de mots nouveaux.

Pour parodier une célèbre phrase de Maurice Thorez, les écologistes n’ont donc pas peur de tendre la main au parti du poing levé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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